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CinémaCritique November, 1st 2011 by Matthieu Rostac

Heartless

Réalisé en 2009, Hearless fait partie de ces nombreux films de genre britanniques que le public français n’a que peu de chance de voir, à l’image de Harry Brown, sorti la même année et qui dut rester deux ans dans les cartons avant de sortir dans les salles obscures de l’Hexagone. Un peu moins chanceux, Heartless bénéficie « seulement » d’une sortie DVD/Blu-ray ce mois-ci. L’occasion de découvrir un « drame horrifique » de bonne facture quoiqu’un peu convenu.

Au milieu des années 2000, dans le sillage d’un Neil Marshall devenu bankable dans le ciné déviant suite aux succès de Dog Soldiers et The Descent, la perfide Albion encourage la production de films forts en hémoglobine. Wilderness ou encore Eden Lake sont de ceux-là, pour ne citer que les plus connus. Une tendance qui ne dure qu’un temps, sans doute enterrée par un public las de voir tripaille et orifices dégouliner. Pour autant, la Grande-Bretagne n’abandonne pas le film fantastique et d’horreur, bien décidée à lui conférer désormais une plus grande profondeur d’âme ainsi qu’une tonalité so british, après avoir bien souillé l’Union Jack. Le Dorian Gray d’Oliver Parker (2009) en est le parfait exemple. Mais raté. Mieux vaut donc se concentrer sur Heartless.

Malgré un budget plutôt réduit (5 millions de dollars), le nouveau film de Philip Ridley doit notamment son attrait à un casting très avantageux. L’espoir Jim Sturgess (Les Chemins de la Liberté) campe Jamie, le héros, et partage l’affiche avec Clémence Poésy (127 Heures), Noel Clarke (Centurion), Eddie Marsan (Sherlock Holmes) et Joseph Mawle (Games of Thrones). Même Timothy Spall s’autorise une guest en père désespérément absent de la vie de Jamie. Une dimension émotionnelle qui augure le tragique du personnage de Jim Sturgess, romantique (au sens littéraire du terme) des temps modernes défiguré par une tâche de vin en forme de cœur autour de l’œil.

Une silhouette qui rappelle celle de Candyman, légende urbaine se mêlant à l’implacable réalité des banlieues délaissées. A l’exception près que le mal ne vient pas de Jamie mais d’un Mephisto crackhead avec qui il pactise dans un squat de l’Est londonien, angoissant au possible, en échange d’une vie parfaite, d’une vie de beauté, loin des briques rouges qui surplombent ses journées de mal-être. Un récit conte de fée macabre revisitant Faust de manière trash. Et c’est bien là que le bât blesse. Dans l’idée de montrer le non-sens quotidien d’une violence ordinaire de banlieue et ainsi cristalliser la perdition graduelle de son héros, Philip Ridley diabolise les mouroirs des faubourgs de manière parfois maladroite, appuyés par certains clichés tenaces.

De même, en voulant user des codes universels du conte, Ridley, ancien écrivain d’ouvrages pour enfants, pèche par excès de zèle en instaurant une symbolique trop lisible. On aurait sans doute préféré des références plus subtilement amenées, bien que celles-ci ne soient pas si mal senties car piochées dans les grands classiques européens. En somme, Heartless est un film plein de bonnes volontés, dont certaines ne se concrétisent pas de la meilleure des manières. Sans Cœur, donc, mais pas sans reproches.

Par
Journaliste pornocrate, passionné de chats et de sodas, improvisé rédacteur en chef pour mener à bien la mission de Klaatu. C’est lui le chef mais c’est sa femme (Fred) qui commande. Ils viennent en paix.

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