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SérieTélé April, 9th 2012 by Livia

Dirk Gently – saison 1 : Embrace the chaos !

Si les détectives privés britanniques ont écrit quelques belles pages de la littérature policière, ils font actuellement le bonheur du sériephile. Tandis que Sherlock rencontre un succès considérable en célébrant le génie déductif du héros d’Arthur Conan Doyle, une autre série anglaise entreprend de donner vie à un enquêteur très atypique: Dirk Gently.

Offrant un contraste saisissant  par rapport aux démonstrations d’esprit de logique qui font habituellement tout l’attrait des fictions policières, cette série, dont la première saison a été diffusée sur BBC4 au mois de mars 2012 (prenant la suite d’un back-door pilot proposé en décembre 2010), fait du non-sens et du hasard son seul fil conducteur, mettant presque au défi le téléspectateur de parvenir à la suivre dans ses pérégrinations. Cette ambiance particulière ne surprendra pas si on rappelle que Dirk Gently est né sous la plume aussi inventive que singulièrement déjantée de l’écrivain anglais Douglas Adams, lequel a marqué plus d’un lecteur grâce aux péripéties relatées dans son Guide du voyageur galactique.

A première vue, la série semble pourtant présenter les atours et le parfum d’une fiction policière relativement classique, associant à un détective dont les qualités humaines et sociales ne sont pas à la hauteur de son supposé talent (interprété par Stephen Mangan, jamais aussi bon que lorsqu’il s’agit d’être extravagant), un assistant faisant office de faire-valoir sans pour autant manquer de répondant (Darren Boy, distant et posé comme il faut). Cependant, il suffit de regarder quelques minutes d’un épisode pour comprendre que le parti pris des scénaristes va vite dépasser ce terrain connu, tout en tirant parti de cet héritage. Car Dirk Gently est un enquêteur aux méthodes pour le moins inhabituelles, que d’aucuns qualifieraient d’irrationnelles : il s’agit en effet d’un détective holistique, fervent croyant en l’existence d’une « interconnexion fondamentale entre toutes choses ». Empruntant sa vision du monde à des concepts de physique quantique, la particularité de ce héros est donc de l’appliquer au quotidien des affaires sur lesquelles il enquête. Navigant entre coïncidences et prises d’initiative hasardeuses, chaque épisode est généralement très mouvementé. De la théorie du chaos à une investigation plongée dans le chaos, il n’y a qu’un pas… que la série franchit allègrement pour le plus grand plaisir du téléspectateur.

Flirtant avec la parodie policière, tout en conservant toujours un propos en apparence sérieux, Dirk Gently charme par son excentricité loufoque, par l’aplomb jamais pris en défaut avec lequel elle fait formuler par son détective les théories les plus farfelues, saupoudrées d’un jargon pseudo-scientifique. Jouant pleinement sur le contraste entre la forme et le fond, cette dualité occasionne des moments très rafraîchissants, souvent jubilatoires. Au cours du premier épisode de la saison, le téléspectateur aura par exemple le privilège d’apprécier une expérimentation grandeur nature de la fameuse technique de la « navigation zen ». Dirk Gently l’explique ainsi à son assistant, avec un ton ne souffrant d’aucune discussion : « There’s a school of thought that says when hopelessly lost, you should consult a map. My own strategy is to find someone who looks like they know where they’re going and follow them. I rarely end up where I was intending to go but I often end up somewhere I needed to be. »

Comédie improbable qui s’intéresse cependant à de vrais crimes, la seconde particularité de Dirk Gently tient au fait qu’elle se situe aux frontières d’un autre grand genre, celui de la science-fiction. Adepte des mélanges étonnants, la série va ainsi, sans sourciller, glisser dans ses investigations des éléments exploitant quelques grands thèmes de SF, en les adaptant à l’univers résolument absurde du détective. Le téléspectateur sera donc témoin d’un véritable voyage dans le temps (avec pour protagoniste principal rien moins qu’un chat, dans le back-door pilot de 2010) ou rencontrera une intelligence artificielle prenant son indépendance (dont le héros tombera même amoureux, puisque ce pétillant programme s’est transplanté dans un corps humain, dans le deuxième épisode de la saison 1). Participant à l’identité aussi riche que confuse de la série, ces incursions dans la science-fiction apportent une touche supplémentaire au charme décalé qu’elle cultive.

Par conséquent, tout en en empruntant le cadre, Dirk Gently se présente donc un peu comme l’anti « série policière ». Refusant de mettre en scène cette logique déductive qui pèse invariablement sur toute enquête normale, les investigations de Dirk Gently élèvent au contraire le non-sens narratif au rang d’art scénaristique. Confusément insolite, invariablement étrange, souvent imprévisible, la série joue avec les habitudes et les attentes d’un téléspectateur qui cherchera vainement à rationaliser l’enchaînement précipité des évènements auxquels il assiste. Au sein de ce chaos insondable, seul Dirk paraît capable d’agencer le puzzle, au prix de contorsions intellectuelles aussi douteuses que drôles. S’affranchissant ainsi avec un enthousiasme communicatif des contraintes trop calibrées des codes policiers traditionnels, c’est un moment de divertissement rythmé et chaotique qui prend vie sous nos yeux. Une expérimentation narrative pimentée dans laquelle le téléspectateur embarque et se perd avec une curiosité toujours renouvelée. Sans crier au génie, voilà une série plaisante qui tranche dans le paysage constitué par les détectives du petit écran !

Par
Adepte de toutes sortes de dépendances télévisuelles et caféinées, exploratrice de petits écrans depuis 1984, Livia cultive une monomanie sériephile déraisonnable. Créatrice du Blog My Télé is Rich elle partage sur Klaatu une passion sans frontières.

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